Voyage en Bariatrie

Biographie d’une obésité, d’une intervention et la vie qui en suivra

Vivre avec un sachet qui pendouille

Publié par grospourchaut le 06/03/2009

Après avoir reçu mon visa pour le retour définitif, j’ai pu entamer mon retour progressif vers une vie plus ou moins normale.

Débarrassé de quelques pansements peu voyants (la chirurgie par voie laparoscopique, ça vous laisse des cicatrices mini-mini, même sur un gros ventre), je pourrais presque prétendre que rien ne s’est passé et que la vie vient juste de reprendre son cours, me reposer béatement, me vautrer avec délectation dans une moite convalescence remplie de paresse et d’insouciance…

Mais il y a le SACHET QUI PENDOUILLE.

Derrière cette expression certes peu ragoûtante se trouve un accessoire avec lequel je dois malheureusement vivre pendant quelques semaines. En effet, les complications de ma première opération ont amené un sévère hématome à se former autour de mon estomac, et cette poche de sanie infâme, il faut bien qu’elle disparaisse. Afin de liquider et de liquéfier cette masse répugnante, l’on me plaça d’abord un drain : un tuyau reliait mon abdomen au monde extérieur, un peu comme le tunnel sous ma hanche (arf. Désolé.) Et à l’extrémité de cet abdominal sterfput, il fallait bien qu’on y plaçât un collecteur, une poche à crasse, un égoût portable : mon sac qui pendouille.

La sangsue en plastique qui draine ma dernière plaie

La sangsue en plastique qui draine ma dernière plaie

Mon sac qui pendouille n’a pas de prénom car je n’ai jamais voulu qu’on soit copains.

Toute la journée il se remplit, et cela à une vitesse très variable.
Tant que j’étais à l’hôpital, il ressemblait à une sangsue en plastique en bonne santé, collectouillant quelques restes sanguins et quelques fluides sottement égarés dans des cavités où on ne les attendait pas. Les infirmières venaient régulièrement me faire la vidange, quand je ne la faisais pas moi-même : équipé de son petit robinet pratique, mon sac qui pendouille me faisait juste l’effet d’un accessoire pour hâter ma guérison.

A la veille de rentrer à la maison, on me retira le drain (terminus, tout le monde descend ?), on se débarrassa du tuyau intra-abdominal… mais on me laissa un sac qui pendouille. Les hommes de  l’arts m’expliquèrent qu’il était probable que mon organisme avait encore besoin de se débarrasser d’un trop plein de vieux sang ou de vieilles choses plus ou moins liquides, et que je devais donc faire encore un petit bout de chemin en compagnie de ce truc.

Mon sac qui pendouille est comme une sangsue : il est consitué d’une grosse bouche de plastique entièrement entourée d’une colle glaireuse aussi écoeurante que solide et étanche ; la bouche entoure la dernière plaie qui me reste : ma dernière cicatrice de laparo, le plus grand passage : à l’époque, il fut un solide tunnel extensible jusque deux centimètres de diamètre, et c’est pas là que feu mon estomac est sorti de mon corps pour ne plus y revenir.

En bas du sac qui pendouille, il y a un petit robinet qui permet de le vider ; le sac est gradué en millilitres et il me colle au ventre d’une manière déplacée, comme un répugnant étendard après une tuerie sanglante.

Depuis mon retour à la maison, je dois vivre avec ce sac qui pendouille ; plusieurs fois par jour, je dois vider son contenu.
Et plus le temps passe, plus c’est répugnant.

Au début, c’était comme un ru de sang clairet, couleur pinot noir, fluide et discret.
Puis le pinot se fit mélasse, prenant une couleur nauséabonde de boudin noir avarié et une consistance poisseuse.
Tout à mon inquiétude, je vis cette sanie tourner au brouet glaireux, voyant flotter ça et là un caillot dans une vaguelette de pus…

Oui, je sais, c’est dégueulasse, mais c’est moi qui le vis, après tout ! Avant d’en arriver à raconter cela sur un ton aussi primesautier, je me suis beaucoup inquiété, notamment à cause de l’odeur un peu nauséabonde qui commençait à accompagner les écoulements. Le docteur Fastrez m’a plusieurs fois rassuré, insistant sur le fait que c’était très bon signe et que l’hématome se liquéfiait de manière satisfaisante. Je finis donc par m’habituer à cette légère odeur dégoûtante que je devais associer à la guérison.

Je ne sais pas combien de temps je vais encore vivre avec mon sac qui pendouille. Actuellement, je dois faire nettoyer la plaie tous les jours pour activer la guérison, mais il est toujours là, et je ne sais pas pour combien de jours encore.

Parfois j’ai l’impression que ce sachet a une vivre propre, qu’il est hanté, qu’il me joue des tours.

L’autre jour, j’ai coincé le bouchon de vidange dans mon slip. 38 ans, c’est pas tard pour les premières règles ?
Hier, l’infirmière n’avait pas refermé hermétiquement le bouchon de visite. Mon T-shirt était trempé de sang comme si on m’avait poignardé.

Je dois vivre avec la constante contrainte de vérifier si ce truc ne fuit pas, s’il n’est pas coincé dans ma ceinture, s’il ne se décolle pas…

Tout cela ne m’occasionne aucune douleur, mais quand même, se surveiller constamment pour savoir si on n’a pas l’air d’un éventré, c’est pas folichon.

Pourquoi je vous raconte tout ça ?

Ben… Parce que je cherchais quelqu’un pour empaler……… ;-)

4 Réponses à “Vivre avec un sachet qui pendouille”

  1. Michael a dit

    Mon cher Régis,

    Content de voir que tu es sur le chemin de la guérison. Je vois que, plus le temps passe et lors de mes quelques visites sur ton blog, ton art de l’écriture s’est aiguisé …

    Je me suis même dit que tu devrais peut-être te lancer dans l’écriture, et pourquoi pas, devenir auteur et rédiger un ouvrage.

    Allez, au plaisir de te lire ;-)

    Michael

  2. tonton a dit

    J’arrive pas à écrire car tu me fais “trop rigoler” comme disent mes petits enfants!!!! Tonton

  3. Fabrice a dit

    Ah, Régis, tu ne mesures pas ton bonheur: car ce sac honni, tu finiras un jour ou l’autre pas t’en débarrasser…

    Ou peut-être le garderas-tu précieusement, dans le double-fond d’un tiroir secret de ton bureau, à côté de tes photos porno et de notre correspondance adolescente, comme un secret honteux que tu cacheras au monde.

    D’autres personnes de ma connaissance n’ont pas eu cette chance et devront vivre avec un “sac qui pendouille” jusqu’à ce que la mort les sépare.

  4. Francis a dit

    Nous vivons tous avec un sac qui pendouille.
    Le tien est juste plus visible, mais pas moins dégoûtant.

    (haha, je vais devenir rédacteur chez Psychologie magazine)

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