Voyage en Bariatrie

Biographie d’une obésité, d’une intervention et la vie qui en suivra

Le cycle effrayant de la prothèse gastrique

Publié par grospourchaut le 15/06/2009

Vous avez pu lire il y a quelques temps mon sentiment d’être devenu un circuit de chauffage…
J’ai conservé pendant quelques semaines un drain qui m’a permis d’évacuer les miasmes accumulés pendant ma phase complicatoire ; une série de gentilles infirmières (parfois consternées devant cette configuration peu orthodoxe de la circulation dans l’abdomen !) sont venues faire circuler l’eau dans les conduites, jusqu’à ce qu’un beau jour d’avril, le cher docteur Himpens (que je surnomme affectueusement “le Grand Jacques”) m’a retiré ce tuyau disgracieux, jugeant que la plaisanterie avait assez duré.

Juste après le retrait du drain, je me suis quand même retrouvé avec deux orifices, mais je ne suis pas resté longtemps “courant d’air” : la plaie centrale du drain s’est quasi immédiatement tarie. Malheureusement, le trou latéral, seule subsistance orificielle de ma toute première opération, reprit de la vigueur, et l’écoulement se remis à se faire par là… En quelques jours, j’avais cicatrisé le dernier orifice. le Grand Jacques m’avait prévenu que l’écoulement risquait de subsister de deux à cinq jours, mais qu’il ne fallait pas s’inquiéter ni être impatient : ça finirait bien par s’arrêter.

Bon.
Ben finalement, à ce jour, ça ne s’est jamais arrêté… Désolé de vous gâcher tout le suspens, mais à l’heure où je vous écris ces lignes, j’ai toujours une poche de collation collée à mon ventre dégonflant comme une sorte de sangsue écœurante.

Après le retrait du drain, j’étais supposé revenir une fois de plus afin que l’on m’enlève la prothèse stomacale qui m’avait si bien colmaté. Il s’agissait normalement de la dernière étape vers la guérison. je me dirigeai donc à nouveau vers Cavell un mardi 7 d’avril, tout guilleret à l”idée de me faire enlever ce carénage qui me bitumait le gastrosaure. Il était prévu que je ne séjournerai qu’une demi-journée à l’hôpital, nécessité amenée par une légère anesthésie…

Je fus transporté en salle de gastromachinchose où je fis connaissance avec le docteur Alain Vandermeeren, sans avoir qu’il deviendrait bientôt mon “meilleur ami”…. Je fus endormi et vite réveillé, une grosse demi-heure plus tard… avec des aphtes et une sensation pesante à l’intérieur de l’estomac. Hé ben non, on ne m’avait pas encore enlevé la prothèse… On m’expliqua que mon estomac avait tellement vascularisé dans l’attache métallique de l’équipement qu’il avait été impossible d’ôter la prothèse en une fois. Le docteur Vandermeeren m’avait donc implanté une seconde prothèse afin de décoller la première et permettre son enlèvement lors d’une seconde phase, deux semaines plus tard. Arf.

C’est avec émotion que je retrouvais quelques sensations qui avaient disparu depuis quelques temps : nausées, vomissements de bile, sensation de tempête gastrique… Miam miam… Les journées qui suivirent furent toutes émétiques et “beuêrgl” était devenu mon mot préféré. Les soucis s’atténuèrent quelque peu ensuite, mais la sensation d’estomac martyrisé était quand même bien présente. Veuillez noter que pendant ce temps, contrairement aux prévisions, mon écoulement abdominal ne se résorbait pas – ce à quoi on me disait “c’est normal, tant que la prothèse sera là, elle l’entretiendra”. J’étais un peu confus car je pensais au départ qu’elle était là pour l’empêcher, mais bon, c’est pas moi le médecin, après tout…

Le 21 avril, je retournai donc à l’hôpital pour finir de me faire enlever à la fois la prothèse et la protubérance qui poussait tranquillement autour de l’orifice de ma fistule (et qui fera probablement l’objet d’un article bientôt). Je fus à nouveau endormi puis réveillé peu après, et cette fois je me sentais tout léger, tout primesautier… Aucun doute, il n’y avait plus rien là-dedans ! C’était délicieux ! J’avais envie de lui coller un gros pouton au docteur VdM, pour m’avoir rendu ma liberté !
Aussi vite sur pied, j’allai voir le docteur Fastrez qui me passa du nitrate d’argent sur ma protubérance et je rentrai à la maison tout gai. Il faut dire que j’étais rempli de sensations surprenantes : un peu de sensation de faim, un regain d’énergie, bref c’était cool.

Les trois jours qui suivirent laissent dans ma mémoire le souvenir d’un soulagement énorme : mon écoulement s’était tari le jour même de la dernière intervention, et j’attrapai d’un seul coup une pêche d’enfer. Mon énergie revenait, après tant de semaines d’épuisement complet. Je mangeais à nouveau librement (en quantités risibles, certes, mais librement) Je me sentais libre, persuadé que la fin des ennuis était enfin arr……
Prrrrrrrrrrrrrrruiiiiiit !!!

Vous ne pouvez pas imaginer ce que signifiait ce bruit invraisemblable, échappé de la surface de mon abdomen comme un immonde pet mouillé.
Immédiatement ma chemise s’humidifia sur mon côté gauche. Abasourdi, j’allai inspecter les dégâts : l’orifice que je pensais bouché venait de se réouvrir, libérant à nouveau son contenu inidentifiable, avec en prime un glouglou répugnant. J’étais vraiment catastrophé, mais j’essayai de garder le moral en me laissant le temps d’observer un peu.

Les deux jours qui suivirent ne m’ont pas apaisé, bien au contraire. L’écoulement était revenu, mais en plus, sa consistance devenait de plus en plus suspecte et j’y voyais des traces qui ressemblaient quand même férocement à de la nourriture. Ma conviction fut faite le jour où je mangeai des épinards au dîner ; un peu plus tard, je fus très surpris de voir quelques minuscules morceaux de feuilles vertes charriés dans la poche de collation que je m’étais recollée avec désespoir la veille… Le doute n’était plus permis : mon contenu stomacal se frayait un chemin vers le monde extérieur, et à ma connaissance, et il n’est quand même pas supposé faire ça…

J’appelais madame L catastrophé pour lui raconter mes malheurs, et j’avais l’impression qu’elle était aussi triste que moi. Je fus rapidement de retour à Cavell où je fus soumis à un nouveau test radiologique d’étanchéité : on me fit à nouveau avaler ce pastis au napalm et le diagnostic fut vite établi : Fistule était toujours présente… Je fuyais toujours comme une vieille tuyauterie.

Le lendemain même j’étais de retour pour une inspection approfondie par le docteur VdM, qui m’annonce à mon réveil qu’il avait dû à nouveau garnir mon estomac d’une prothèse. Cette fois-ci il m’expliqua la technique un peu plus dans le détail : il s’agit en fait d’une sorte de tuyau avec un collier de serrage à maille métallique qui établit une communication directe entre le haut et le bas de l’estomac, court-circuitant complètement celui-ci. Mon estomac en lui-même ne servait plus à rien, la nourriture le traversant via un pipe-line qui donnait une jolie image aux rayons X, presque aussi joli que le trajet du produit de contraste qui mettait en évidence la circulation du fluide entre l’estomac et mon second nombril… Il fut convenu que comme pour la première prothèse, je devais garder l’équipement pendant environ huit semaines, en espérant que l”écoulement se résorbe d’ici là.

Je rentrai chez moi penaud. L’écoulement subsistait, et je ressentis à nouveau avec effroi les reflux gastriques la nuit : des bouffées de liquide acides qui viennent s’échouer dans la fond de la gorge pendant le sommeil, je ne souhaite ça à personne. Plusieurs nuits je me suis réveillé en toussant violemment, parce que la bile me remontait dans la gorge. J’avais vraiment l’impression que ça n’allait jamais finir.

Je repris contact avec le docteur Vandermeeren rapidement pour lui annoncer que mon écoulement persistait et que la fistule refusait toujours de me quitter. Il fut convenu que je devrais donc subir une nouvelle intervention (hé oui, encore une !) appelée “fistula plug” qui viserait à “boucher” la fistule simultanément de l’intérieur et de l’extérieur, et que pour des raisons d’équipements techniques un peu particuliers, je devrais subir cette intervention à Erasme. (Tiens un peu de changement pour une fois)

Ah tiens, au passage : ce qui m’attend c’est tout simplement le retrait de la prothèse actuelle, puis le fistula plug en tant que tel, puis le placement d’une nouvelle prothèse après coup, le temps de laisser à la fistule le temps de guérir…

A ce jour et sous réserve de confirmation, je subirai le fistula plus le lundi 29 juin.

Encore une bonne semaine à se poser plein de questions. Notez qu’entre temps je suis ENCORE retourné à Cavell pour qu’on me place une SECONDE prothèse pour DECOLLER la première en place, mais vous commencez à connaître l”histoire, non ?

Presque autant que moi ?…

3 Réponses à “Le cycle effrayant de la prothèse gastrique”

  1. Fabrice a dit

    Je crois qu’à ce stade, l’ensemble des lecteurs de ton blog sont intimement persuadés que (1) tu as une malchance d’homme marié à une femme beaucoup trop fidèle et/ou que (2) l’ensemble de l’équipe de la section bariatrie de Cavell est d’une incompétence sans nom.

    J’espère pour toi qu’ils sont plus doués à Erasme. Tout ça commence à me rappeler le film “Brazil”, avec la mère du héros qui subit chirurgie esthétique après chirurgie esthétique, chaque opération entraînant de nouvelles “petites complications”…

    Incroyable.

  2. tonton a dit

    Salut Régis
    C’est sûr qu’une technique chirurgicale faisant passer les aliments directement de l’oesophage vers l’extérieur en shuntant ainsi tout le tube digestif a de fortes chances de favoriser une perte de poids!!! La chute de cheveux que tu as subie n’est que le résultat du stress majeur de l’intervention et des suites musclées!! Ca va repousser!!! Quant à la fistule, tu en viendras à bout, car les meilleures choses ont une “faim”!! Peut être un avis auprès de spécialistes de ce type de complications???
    Ya mieux comme bouchons à faire sauter!!! Tonton

  3. harder666 a dit

    Pas si content de vos histoire car ma femme a fait son “sleeve” et, après 2 mois, on attend que la fistule “disparaisse” mais le petit sachet acroché au trou se remplit toujours et le moral n’est pas au mieux !!! …
    Bonne chance, si vous êtes toujours vivant !?

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