Le joyeux bouché
Publié par grospourchaut le 23/07/2009
Vous croyiez en être quitte de mes aventures ? Pour être franc, je l’aurais espéré aussi, mais comme vous pouvez le lire je suis toujours là, et le sujet du blog n’a pas changé.
Je vous avais quitté sur une promesse d’espoir. Le 28 juin passé, le coeur presque léger, je me suis rendu à l’hôpital Erasme où devait m’attendre une nouvelle aventure chirurgicomique. Cette intervention, d’après mes renseignements, est encore une technique expérimentale et aurait été inventée à Erasme, justement. Elle porte le nom de fistula plug, et a pour but de “boucher” une fistule récalcitrante.
Si vous faites une vague recherche sur internet, vous trouverez quelques vagues renseignements sur cette technique, mais elle concerne la plupart du temps les fistules anales ; pour rappel, la nature de mon état pathologique s’appelle “fistule gastro-cutanée”, et si vous ne vous figurez pas encore exactement ce que c’est sachez qu’il existe encore et toujours une sorte de passage qui va de “quelque part” à l’intérieur de mon abdomen, et aboutit à l’extérieur de celui-ci par l’intermédiaire d’une sorte de deuxième nombril mutant venu de l’espace. “Fistula Plug” consiste à essayer de boucher ce “passage” au moyen de viande de porc, et en sécurisant l’étanchéité de la chose en rajoutant à nouveau une prothèse supposée hermétique dans mon estomac. Quand je dis viande de porc, j’exagère à peine car il s’agit de fibres animales d’origine porcine. Disons qu’on s’apprête à me racler le tuyau qui suinte et à me le colmater avec un chapelet de saucisses.
(OK, l’image est rude, mais elle a le mérite de me faire rire, c’est toujours ça de pris)
Pour dire de bien commencer, j’eus la suprise de constater que si l’opération est bien programmée le lendemain, il n’existait aucune trace de réservation de chambre à mon nom. Après bien des effort, et sous une chaleur suffocante, la dévouée préposée à l’entrée de mal portants a fini par me trouver une petite place d’accueil…. Seul dans une chambre à quatre lits dans le service de neuro-chirurgie !!!
Très étrange ambiance, tout de même…
-”Vous êtes là pour une hernie discale, monsieur ?”
-”Non, pas du tout, c’est pour une opération à l’estomac.”
-”Aaaaaaaaaaaaaaaaaaah booooooooooooooonnnn…”
Et l’infirmière de fuir à toutes jambes…
Mon “bon génie” habituel, le docteur Vandermeeren, étant à ce moment-là en vacances quelque part loin de tout matériel d’endoscopie, je devais être traité par les mains expertes du chef de service, le docteur De Viere. Cependant, je dois avouer que nos relations sont restées très distantes : je fus anesthésié avant son entrée en scène en salle d’op, et je réveillai quelques temps plus tard dans ma chambre. Il n’est jamais passé me voir, et le tempérament néanmoins charmant de tous les sbires assistoïdes qui vinrent prendre de mes nouvelles les jours suivants n’a pas pu me faire passer le goût de “mais je m’en cogne, moi, de tes tripes, mon gaillard” qui semblait planer sur nos relations. Je planais donc entre un vacancier, un spectre et des sous-fifres.
Il serait fortement malvenu de me plaindre du personnel d’Erasme ; bien que l’organisation semblât parfois quelque peu approximative, tout le staff que j’ai rencontré (en état de réveil !) était charmant et compétent, même si les subtilités des fistules stomacale semblaient un peu échapper aux infirmières plus habituées à ravauder des vertèbres. Ceci dit, je ne me sentais pas entièrement étranger dans ce lieu, ayant moi-même subi une opération suite à une hernie discale quinze ans auparavant – bien que déplacé dans le service, je compatissais sincèrement aux douleurs de mes voisins, et n’avais aucune difficulté à me les imaginer !!!
Après l’opération, je constatais que ma fistule avait l’air à l’agonie. Bien qu’on la pansât comme si j’avais subi l’ablation d’un morceau de didine aussi grand que l”Australie, je constatais vite que le débit de la chose semblait pratiquement tari. Je dus observer un peu plus de 24 heures de jeûne complet après l’opération, le temps de constater que ma nouvelle prothèse gastrique semblait… ben différente des précédentes. Plus rigide, plus encombrante, plus envahissante, je me mis à saliver en permanence et à ressentir des nausées par gros tourbillons baveux.
“Uèrgl”, le retour.
Le mardi 30 à 15 heures précises, on m’apporta un plateau repas.
Ma surprise fut assez violente : j’avais l’impression d’étouffer au bout de trois bouchées. Mon estomac refusait le moindre remplissage, et je mangeai altièrement le quart de mon hambourgeois-purée-carottes avant de sombrer dans un sentiment de décompression explosive. La sensation ne s’est pas vraiment apaisée dans les heures qui suivirent et boire fut aussi pénible que de manger.
Ceci dit, je reste quand même Régis, dans toute sa dimension d’auto-persuasion que tout va aller pour le mieux, et je me réconfortai en me disant qu’au moins, ma fistule était en train de vivre ses dernières éructations…
L’on me garda à l’hôpital jusqu’à la moitié du jeudi après qu’une radio ait confirmé que tout était bien en place. Je regagnai le domicile familial dans la peau d’un lama. (Vous savez, le lama : “quand lama fâché, lui toujours faire comme ça !”). Je ne souhaite à personne cette sensation d’avoir la bouche qui se remplit de salive comme un égout sous une pluie battante, et ce besoin irrépressible de se débarrasser de cette saumure salivaire lorsqu’aucun récipient ne se prête à l’exercice, mais ces inconvénients perdurèrent au moins jusqu’à la fin du week-end.
Depuis cette opération et jusqu’à ce jour, je suis à nouveau incapable de prendre un repas. J’ai l’impression d’être revenu aux premières semaines d’après le sleeve, quand seul le liquide pouvait franchir ma glotte (*).
Plus ennuyeux encore : ma fistule a fini par reprendre de la vigueur. Timidement, elle a restauré son refoulement dégouttant, humidifiant d’abord mollement un pansement symbolique, puis allant petit à petit jusqu’à nouveau produire des accidents de contenance d’un pansement étanche Op-Site 10×8 doublé d’une compresse, et cela en quelques heures… Depuis quelques jours, le cauchemar de la chemise mouillée que j’avais presque oublié s’est reproduit plusieurs fois. Et ce jour même, le fond a nouveau été atteint : la fistule a recommencé à crier, et surtout, j’ai distingué au niveau de son contenu des traces évidentes, même si très faibles, de contenu stomacal…
Près de six mois après l’opération initiale, il semblerait que la malédiction de la fistule plane toujours au-dessus de ma tête. Outre ma conviction d’avoir emménagé dans une maison bâtie sur un ancien cimetière indien, j’en arrive presque à croire que quelqu’un manipule mes organes, tel un jeteur de sort urbain, un sorcier vaudou du Brabant Wallon, un marabout bobo, un rebouteux du système digestif.
Mon moral est moyen.
Mon estomac me fait mal, et si rien ne change, cette prothèse douloureuse continuera à me faire souffrir jusqu’au 2 septembre.
Cependant, j’ai rendez-vous demain matin à nouveau pour une radio avec produit de contraste, pour essayer une fois de plus de mettre en évidence un trajet fistuleux, une bretelle d’accès, un couloir boueux, une galerie de mine… Et si on le trouve, que se passera-t-il ? Et si on ne trouve RIEN, que se passera-t-il ?
Je suis réduit à la patience.
C’est long, la patience.
Surtout quand il faut attendre.
(*) Si j’habitais encore en Wallonie Picarde, on aurait parlé de la “glotte de l’Escaut”, mais je suis un garçon trop sérieux pour m’adonner au calembour troglodyto-fluvial.
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Cet article a été publié le 23/07/2009 à 20:21 et est classé dans Chirurgie bariatrique. Suivez toutes les réponses à cet article via RSS 2.0 flux. Vous pouvez laisser une réponse, ou rétrolien à partir de votre site.
cyan_69 a dit
Vraiment triste pout vous mais je crois que le pire est passer. Courage… Et tout cela est le resultat d une sleeve?
grospourchaut a dit
La fistule découle de l’opération de sleeve que j’ai subie le 9 février 2009.
Elle n’est toujours pas refermée.
Fabrice a dit
Je n’arrive pas à y croire. Mais jusqu’où s’arrêteront-ils? As-tu pensé à prendre un abonnement à cet hôpital?
Fabrice (sur le cul)